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Les intérêts, parfois opposés, des salariés et des employeurs peuvent entraîner des
conflits.De plus, l’apparition de nouveaux délits tels que le harcèlement moral a
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AVIS D’EXPERT

Nicolas PRADON, Juge aux Prud’hommes de Boulogne-Billancourt (92).

Quels sont les cas les plus fréquents de harcèlement moral ?

N.P : « Le nombre de cas de harcèlement moral s’est beaucoup tassĂ© l’annĂ©e dernière. En 2010, il y a eu 35 % de cas en moins, ce qui m’a d’ailleurs surpris. Et puis, le nombre d’affaires est reparti Ă  la hausse        en 2011. Les cas de harcèlement se ressemblent beaucoup. En gĂ©nĂ©ral, il s’agit de remarques très frĂ©quentes faites au salariĂ©, et qui vont peu Ă  peu lui mettre une pression insupportable. Le salariĂ© arrive Ă  9     heures dix au lieu de 9 heures, et son supĂ©rieur lui fait aussitĂ´t la remarque. Il passe un coup de fil personnel ? Son chef arrive aussitĂ´t derrière lui pour lui dire que c’est interdit.  Il parle avec ses collègues de    sa vie personnelle ? Il a droit Ă  un rappel Ă  l’ordre…  Toutes les demi-heures, son chef va passer devant son bureau pour vĂ©rifier ce qu’il fait. Il lui fait Ă©galement des remarques sur son travail en lui rappelant qu’il n’a pas rĂ©alisĂ© ses objectifs, qu’il devait rĂ©ussir 32 ventes ce mois ci alors qu’il n’en a fait que huit. Et de façon insidieuse, ce comportement va mettre une pression Ă©norme sur ce salariĂ©. Il sera de mauvaise humeur en rentrant chez lui, irritable. Il dira Ă  sa femme qu’il n’y arrive plus, qu’il est mauvais. Et petit Ă  petit, il va ĂŞtre de moins en moins performant, et s’enfoncer dans la dĂ©prime. Si en plus sa situation familiale se dĂ©tĂ©riore, le harcèlement moral peut mener l’intĂ©ressĂ© au suicide. »

Est-il fréquent que des salariés en poste aillent aux Prud’hommes ? Le conseillez-vous ?

N.P : « C’est mĂŞme recommandĂ©. Toutefois, je reconnais que ce sont gĂ©nĂ©ralement des salariĂ©s protĂ©gĂ©s. Je constate qu’ ils ont plutĂ´t tendance Ă  invoquer un problème de discrimination qu’un problème de harcèlement. Mais attention, la dĂ©cision du Conseil de prud’hommes n’est pas forcĂ©ment Ă©vidente. Ainsi,  je me souviens d’un salariĂ© en poste qui avait Ă©tĂ© embauchĂ© avec huit autres personnes du mĂŞme âge. Plusieurs annĂ©es après, il se plaint que les autres aient tous Ă©tĂ©s augmentĂ©s sauf lui. « On m’en veut, c’est une discrimination salariale », dit-il. Dans ce cas prĂ©cis, curieusement, le plaignant a Ă©tĂ© dĂ©boutĂ©. En effet, l’employeur n’est pas tenu de verser le mĂŞme salaire Ă  tout le monde. Il est juste tenu de respecter les termes du contrat de travail, ce qui est très diffĂ©rent. Je pense Ă©galement au cas d’un salariĂ© d’une superette qui avait travaillĂ© 22 dimanches sur 23. Il a dĂ©posĂ© une plainte en disant qu’il Ă©tait harcelĂ©, que ses collègues n’en faisaient pas autant. LĂ  aussi il a Ă©tĂ© dĂ©boutĂ©, car dans son contrat de travail, il Ă©tait Ă©crit qu’on pouvait lui demander de travailler le dimanche, Ă  la discrĂ©tion de l’employeur. Pour que le harcèlement soit reconnu, il faut qu’il y ait une preuve. »

Avez-vous des conseils à donner aux employeurs qui sont confrontés à un cas de harcèlement ?

N.P : « Si un salariĂ© se plaint de harcèlement, Ă©coutez-le. Ne faites pas la sourde oreille. Essayez de rĂ©unir les deux parties pour entendre leur version. Et puis mĂŞme en cas de cas grave, respectez la procĂ©dure de licenciement. C’est très important. Ainsi, je me souviens du cas d’un employĂ© de supermarchĂ© qui avait fait des propositions sexuelles brutales aux toilettes Ă  une autre employĂ©e. L’employeur l’a renvoyĂ© sur le champ. Finalement, non seulement l’employĂ© n’a pas Ă©tĂ© condamnĂ©, mais il a obtenu des indemnitĂ©s de licenciement. MĂŞme face Ă  un cas comme celui-ci,  qui implique un licenciement pour faute grave, il faut respecter la procĂ©dure, c’est dire faire une mise Ă  pied, convoquer le salariĂ© Ă  un entretien prĂ©alable etc. MĂŞme si un viol est commis sur le lieu de travail, l’employeur est tenu de respecter la procĂ©dure de licenciement. C’est terrible mais c’est comme ça. »

Et aux victimes ?

N.P : « Si vous vous sentez harcelĂ©, commencez par rĂ©colter des mails, des textos, des courriers…Gardez toutes les preuves de ce que vous vivez. Si le harcèlement est visible des autres employĂ©s, vous pouvez leur demander de venir tĂ©moigner. Je me souviens d’un cas oĂą l’on faisait des croche-pieds Ă  un salariĂ© Ă  la cantine, on lui mettait la tĂŞte dans ses pâtes etc.… Dans ce cas, il y avait des tĂ©moins, et le salariĂ© a pu s’en servir par la suite. Le tout est de les convaincre. »

Propos recueillis par Sabine d’Anton pour Place de la MĂ©diation

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